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lundi 15 octobre 2012

Quand d'un monde insensé la photographie prend forme et que cette photographie en vient à former un monde qui a du sens



"C'est un genre [la photographie de rue ] qui n'a pas d'équivalent dans les autres arts.  Elle a produit certaines des plus grandes œuvres d'art de l'après-guerre... et pourtant l'art contemporain ne reconnaît pas la valeur de gens comme Lee Friedlander et Garry Winogrand. Il n'y en a que pour la photo mise en scène, comme celle de Jeff Wall, que je respecte par ailleurs. La photo de rue est considérée comme un instantané, un coup de chance, pas une œuvre d'art. Pourtant, entre la toile vide à remplir du peintre et la toile infinie de la vie dans laquelle puise le photographe, le problème est toujours le même : quelle forme fabriquer."

Paul Graham, in "Pour Paul Graham, il n'y a pas de moment parfait", article de Claire Guillot in
 Le Monde, 18 septembre 2012.



"Justement, on ressent dans votre travail, mais aussi dans vos écrits ou vos prises de parole un immense amour pour ce medium. Qu’a-t-il de si particulier pour susciter une telle passion ? Il est en connexion directe avec la vie. Avec un travail comme The Present, il s’agit de sortir dans la rue, de plonger dans le flot du temps et de la vie. Et là, de tenter d’attraper, de pêcher, quelque chose de significatif et de profond.  Ça paraît simple à dire mais, dans les faits, très difficile à réaliser. Contrairement à l’écrivain ou au peintre qui partent du vide, de la feuille blanche ou de la toile immaculée, ce type de photographie a pour point de départ l’infini, le monde infini. Tout se passe tout le temps. À chaque seconde, à droite à gauche, devant, derrière. Le choix est donc difficile : par où commencer ? Quel moment choisir ? C’est la qualité particulière et magnifique de la photographie. De ce type de photographie du moins. Elle vous engage directement dans la vie. On danse avec la vie."



Une conversation avec Paul Graham, par Remi Coignet, 17 septembre 2012, 
blog Des livres et des photos, http://deslivresetdesphotos.blog.lemonde.fr


lundi 24 septembre 2012

Le flou, le vague, le vide


"D'un côté, le précis et le net, de l'autre, l'imprécis, l'approximatif. Au domaine du clairement délimité, de l'objet qui se détache nettement sur un fond,  s'oppose l'empire du confus, de l'impossible à cerner. C'est en jouant sur toutes ces significations que le mot 'vague' trouve dans les œuvres de Flaubert une utilisation assez insistante : 23 occurrences dans Madame Bovary, et 23 également dans l’Éducation sentimentale. Mais l'idée de 'vague' serait incomplète sans que que nous rappelle son étymologie. Le vague (vaguus en latin classique), c'est aussi le vacuus, le vacant, la friche (terrain vague), l'espace inhabité, le 'rien' sur lequel Flaubert voulait précisément que repose son 'livre' idéal : le vide qui sépare les entités stellaires, l'étendue d'une dérive dans l'infini. A cette idée de vide s'associe également l'idée d'errance, avec, dans la langue de Dante, une association seconde entre imprécision et harmonie : vago, en italien évoque à la fois le vide, le fluide et la beauté du flou, ce qu'il y a de séduisant dans la mobilité et l'inconsistance d'une forme comme la silhouette d'une femme ou la palpitation d'un étoile". 

Pierre-Marc de Biasi. Flaubert, une manière spéciale de vivre. ch. 11, l'invention du flou (1857-1863). Grasset & Fasquelle, 2009.